À Pau, la Communauté d'Agglomération et Axione construisent le premier data center de proximité public des Pyrénées-Atlantiques. Budget, calendrier, et sécurité, Clubic dévoiles les coulisses d'un chantier qui devrait se terminer fin 2027.

Le data center de Pau en construction. © CAPBP
Le data center de Pau en construction. © CAPBP

Du côté de Pau, un data center de proximité est en train de sortir de terre pour prendre le relais d'une salle informatique vieillissante, logée depuis des années dans les locaux de l'Hôtel de France. Porté par la Communauté d'Agglomération Pau Béarn Pyrénées (CAPBP) et La Fibre Paloise, filiale d'Axione, ce nouvel équipement doit permettre d'héberger localement les données du territoire, plutôt que de dépendre des géants du cloud.

La collectivité ne fournira pas les serveurs elle-même, mais mettra à disposition les murs, la sécurité et la connexion réseau, selon le modèle de la colocation, pensé pour renforcer à la fois la protection des données et la sobriété énergétique du site. Reste que plusieurs points, de la chaleur produite par les serveurs aux certifications de sécurité, ne sont pas encore tranchés. Clubic a essayé d'obtenir des réponses.

Comment le data center de proximité de Pau veut se démarquer des hyperscalers

L'idée de ce data center très local ne sort pas de nulle part, puisque depuis 2003, la Communauté d'Agglomération Pau Béarn Pyrénées façonne doucement son réseau numérique, de la création de Pau Broadband Country jusqu'à la fibre optique généralisée à tout le cœur d'Agglomération en 2018. En 2026, voilà qu'est lancée la construction d'un centre de données capable de prendre le relais d'une salle informatique à bout de souffle, qui ne compte que 14 baies, contre 44 possibles dans le futur bâtiment. Sur une parcelle de 1 485 m² pour un bâtiment de 450 m², le chantier est chiffré à 3 millions d'euros pour sa seule construction, confiée à plusieurs entreprises locales. Son exploitation, elle, reviendra exclusivement et jusqu'en 2033 à l'opérateur d'infrastructures Axione, détenu par Bouygues Énergies & Services et Vauban Infrastructure Partners.

Alors non, Pau ne construit pas un mini-Google. Le modèle retenu est celui de la colocation. En gros, Axione fournit l'infrastructure physique, la connectivité réseau, la sécurité et la sûreté, avec un niveau de redondance Tier III, mais chaque client apporte ses propres serveurs, installés dans des baies standard de 47U (800 x 1200 mm). L'entreprise explique qu'en rapprochant le calcul des usages, ce type d'infrastructure réduit la latence pour des applications qui ne pardonnent pas le moindre délai, comme les véhicules autonomes, la réalité augmentée ou le jeu en ligne.

Sur le papier, l'infrastructure coche toutes les cases du data center nouvelle génération, avec sa conformité Tier III pour un fonctionnement sans interruption, une sécurité alignée sur les référentiels de l'ANSSI, et un indice PUE (indicateur d'efficacité énergétique) annoncé sous 1,4, loin du 2,5 affiché par l'ancienne salle de l'Hôtel de France. Les indispensables onduleurs, dont le rendement oscillera entre 95 et 99 %, limiteront les pertes lors de la conversion électrique, tandis que le fluide frigorigène choisi, le R454B, affiche un potentiel de réchauffement global de 466, soit 78 % de moins que le R410A traditionnel. Free cooling et confinement d'air chaud nourrissent l'idée d'un complexe tourné vers la sobriété énergétique.

À l'intérieur du data center. © CAPBP
À l'intérieur du data center. © CAPBP

La chaleur fatale du data center de Pau ne sera pas récupérée

L'autre sujet qui fâche souvent les défenseurs de l'écologie numérique, c'est la chaleur fatale. Il s'agit de l'énergie que les serveurs rejettent sans qu'elle soit récupérée. Contactée par Clubic, Axione explique qu'elle ne sera pas valorisée à Pau. En cause, un critère qu'Axione met elle-même en avant la puissance minimale supérieure à 10 MW pour envisager une valorisation, quand le site palois plafonnera à 120 kW IT. Un écart qui ne rendrait pas l'opération viable, que ce soit techniquement ou économiquement, d'autant que l'ADEME, l'agence de la transition écologique, recommande elle-même une densité thermique minimale pour justifier l'extension d'un réseau de chaleur.

En ce qui concerne la sécurité, les différentes parties mettent en avant la conformité ANSSI, l'agence française de cybersécurité, mais deux labels plus ambitieux restent en suspens : la qualification SecNumCloud et l'hébergement de données de santé (HDS). Interrogée sur le sujet, La Fibre Paloise reste prudente, évoquant des discussions en cours sans pouvoir s'engager davantage à ce stade. Les choses pourraient bouger d'ici la fin de l'année.

Sur le volet environnemental, quelques chiffres méritent tout de même d'être soulignés. La consommation d'eau annuelle du site est estimée à environ 3 m³, contre 120 m³ pour un foyer français moyen, ce qui est dérisoire. Cela est possible grâce à un circuit fermé qui ne nécessite qu'un renouvellement ponctuel. De quoi compléter un bilan déjà marqué par un PUE ambitieux et un fluide frigorigène à faible impact climatique.

Chantier, prix et avenir : ce qu'on sait (et ce qu'on ignore encore)

Sur le terrain, le chantier avance dans les temps. L'étape clé du « clos et couvert » sera achevée d'ici la fin juillet 2026. Elle permettra aux corps de métier techniques de travailler à l'abri des intempéries. Suivront l'installation du réseau électrique fin 2026, celle des groupes froids et de la sûreté au printemps 2027, puis la pose des baies IT en juillet 2027, avant des essais et une mise en service prévus en septembre. Le principal risque identifié concerne les délais de livraison d'équipements sensibles comme les tableaux électriques ou les groupes froids, d'où des commandes anticipées prévues avant fin septembre pour ne pas subir les aléas logistiques. Le chantier mobilise par ailleurs une bonne partie du tissu économique local, de MAS BTP pour le gros œuvre à Eiffage Energie Systèmes pour le courant fort, dans la continuité d'un partenariat vieux de plus de vingt ans entre Axione et le territoire palois, où l'entreprise emploie aujourd'hui plus de 200 collaborateurs.

Voici à quoi ressemblera le centre de données une fois bâti. © CAPBP

Reste la question qui intéresse forcément les entreprises locales : combien coûtera l'hébergement d'une baie pour une PME paloise, comparé à un cloud classique ? Sur ce point, La Fibre Paloise botte en touche, jugeant prématuré de communiquer un tarif quinze mois avant la livraison, une réponse finalement assez logique, tant les coûts d'exploitation réels restent encore à affiner sur le terrain.

Et après ? L'exploitation du site a été confiée à Axione jusqu'en 2033, mais le data center restera un bien de retour appartenant à la Communauté d'Agglomération Pau Béarn Pyrénées.